« Suis-je mon frère gardien ? » (Gn 4, 9): SECAM Déclaration sur les tensions sociales et les actes de violence visant des ressortissants d ' autres pays africains d ' Afrique du Sud
COMMUNIQUE DE PRESSE
Sur les tensions sociales et les actes de violence visant des ressortissants d ' autres pays africains d ' Afrique du Sud
« Suis-je mon frère gardien ? » (Gen 4:9)
Accra (Ghana), 5 mai 2026 – Le Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM), l'organe de communion, de consultation et de coordination de l'Eglise catholique en Afrique et dans les îles voisines, est profondément préoccupé par les événements récents en République d'Afrique du Sud, qui ont a été marquée par des actes de violence xénophobe contre des ressortissants d'autres pays africains.
Dans ces circonstances particulièrement graves, le SECAM exprime sa solidarité fraternelle et ecclésiale avec la Conférence des évêques catholiques d'Afrique australe (SACBC) pour sa position prophétique en faveur des migrants africains victimes de discrimination et de xénophobie. Il exprime également sa sympathie à toutes les victimes de cette violence et à leurs familles, qui ont été gravement touchées.
Au cœur de cette crise se trouve un défi fondamental pour la conscience humaine. La révélation biblique enseigne que chaque personne est créée à l'image et à la ressemblance de Dieu (Gn 1, 26-27), une vérité qui sous-tend l'infinie dignité de chaque être humain, indépendamment de leur origine, nationalité, tribu, culture ou statut migratoire. La SECAM réaffirme avec force que cette dignité doit rester le critère principal de toute organisation sociale et politique publique. Toute violence dirigée contre des étrangers constitue non seulement une grave violation de la personne humaine, mais aussi une négation des fondements de la fraternité universelle et de l'Afrique que nous voulons.
La SECAM réaffirme la nécessité d'un équilibre entre la souveraineté légitime des États et la
l'obligation absolue pour les migrants de respecter les lois et coutumes de leur pays d'accueil. Comme l'enseigne le Catéchisme de l'Église catholique: "Les autorités politiques, pour le bien commun dont elles sont responsables, peuvent soumettre l'exercice du droit d'immigrer à diverses conditions juridiques, notamment en ce qui concerne les devoirs des immigrants envers leur pays d'adoption. Les immigrants sont tenus de respecter avec gratitude l'héritage matériel et spirituel du pays qui les reçoit, d'obéir à ses lois et d'aider à porter des fardeaux civiques. » (CCC, n. 2241).
Les actes de violence récemment observés en Afrique du Sud constituent une violation grave des principes africains et du droit continental. Ils portent atteinte aux droits fondamentaux garantis par la Convention Afrique Charte des droits de l ' homme et des peuples, notamment le droit à la vie, à la dignité, à la sécurité et à l'égalité devant la loi. Ils contredisent également les valeurs fondamentales du continent, telles que la solidarité africaine, l'esprit d'Ubuntu – je suis parce que nous le sommes – et les idéaux du panafricain et de la Renaissance africaine.
Compte tenu de cette situation, le SECAM demande au Gouvernement de la République sud-africaine de prendre d'urgence des mesures concrètes et durables pour assurer la protection de toutes les personnes vivant sur son territoire, conformément à ses engagements continentaux et internationaux. Il exhorte le Gouvernement à mener des enquêtes impartiales, à identifier et à poursuivre les responsables de ces actes, à mettre fin à toutes les formes de justice vigilante et à renforcer l ' autorité légitime de l ' État.
Le SECAM demande également à l ' Union africaine d ' assumer pleinement son rôle de gardienne des valeurs continentales, d ' assurer l ' application effective des instruments juridiques africains relatifs aux droits de l ' homme et d ' encourager la mise en place de mécanismes de prévention et d ' alerte rapide contre la violence xénophobe. La crédibilité de l'Afrique, qui aspire à devenir un acteur clé sur la scène internationale, est en jeu.
Le SECAM appelle les peuples à rejeter toutes les formes de violence, toute rhétorique de haine et de stigmatisation, à rejeter les discours qui divisent les peuples africains et à promouvoir une culture de rencontre, de dialogue et de fraternité africaine.
Sur l'exemple du Bon Samaritain (Luc 10:30–35), nous sommes tous appelés à redécouvrir une éthique de proximité, où l'étranger n'est pas perçu comme une menace mais reconnu comme un frère ou une sœur dont nous sommes les gardiens.
En ce moment critique, le SECAM réaffirme son engagement résolu en faveur des migrants, des pauvres et des plus vulnérables, afin de promouvoir une société fondée sur la justice, la paix et la dignité humaine, ainsi que sur le dialogue entre les peuples et les nations africains. Elle invite tous les hommes et les femmes de bonne volonté à travailler sans relâche à la construction d'une Afrique réconciliée, fidèle à sa vocation profonde d'être, du Caire au Cap, une famille de peuples unis dans la dignité et la solidarité.
Enfin, SECAM assure toutes les victimes de la violence xénophobe de sa proximité spirituelle, pastorale et solidaire : chers frères et sœurs, vous n'êtes pas seuls ; nous ne vous abandonnerons jamais !
+ Cardinal Fridolin Ambongo
Archevêque de Kinshasa
Président du SECAM
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