Les Églises du Sud mondial appellent à la justice climatique et à la protection de notre foyer commun

Communication SCEAM · 2 juillet 2025 · 13 min lire

Appel à la justice climatique et au foyer commun :

Conversion écologique, transformation et résistance aux fausses solutions

Les évêques catholiques des Conférences et Conseils d'Afrique, d'Asie, d'Amérique latine et des Caraïbes, publiés le 1er juillet 2025, un appel commun fort avant la COP30. Nommé « Appel à la justice climatique et à la maison commune : conversion écologique, transformation et résistance aux fausses solutions », cet appel a été publié au cours d'un Conférence de presse tenue au Bureau de presse du Saint-Siège, Via della Conciliazione 54, Cité du Vatican.

Ce document publié par le Symposium des Conférences épiscopales d'Afrique et de Madagascar (SECAM), la Fédération des évêques d'Asie (FABC) et la Conférence épiscopale d'Amérique latine (CELAM) a été coordonné par la Commission pontificale pour l'Amérique latine (PCAL). Un puissant plaidoyer pour protéger notre planète par la promotion d'une écologie intégrale, selon le Pape François Encyclique Laudato Si.

L'Église catholique en Afrique était représentée par le Président du SECAM, en tant qu'un des orateurs de cette conférence de presse au Vatican: Son Éminence le Cardinal Jaime Spengler, O.F.M., archevêque de Porto Alegre, Brésil, président du CELAM et président de la Conférence nationale des évêques du Brésil (NCBB); Son Éminence le Cardinal Filipe Neri Ferrão, archevêque de Goa et Damão, Inde, président de la FABC; Son Éminence le Cardinal Fridolin Ambongo Besungu, O.F.M. Cap., archevêque de Kinshasa, République démocratique du Congo, président de la SECAM; et le Dr Emilce Cuda, secrétaire de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

Les interventions sont les suivantes:

Intervention de Son Éminence Cardinal Jaime Spengler, O.F.M.

Sœurs et frères, au nom du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) et de la Conférence nationale des évêques du Brésil, à l'occasion du dixième anniversaire Laudato si et de l'Accord de Paris, j'élève une voix qui n'est pas la mienne seule, mais celle des peuples amazoniens, des martyrs de la terre, du bord de la rivière, des indigènes, des Afro-descendants, des paysans et des communautés urbaines qui ont tendrement pris soin de la vie au milieu de la menace, une situation qui nous a conduit à lancer une campagne pour les défendre il y a quelques mois: «La vie est suspendue à un fil.

Le document que nous présentons n'est pas un geste isolé. C'est le fruit d'un processus synodal, de discernement spirituel et communautaire entre les Églises sœurs du Sud mondial : Afrique, Asie, Amérique latine et Caraïbes. Il contient les principaux points de défense, propositions et dénonciations faites par l'Eglise, conformément au Magistère du Pape François et du Pape Léon XIV, en relation avec la crise climatique et les questions discutées à la COP30. Nous présentons ce document au pape Léon XIV aujourd'hui et nous voulons qu'il soit examiné avant la COP30. Son message est clair : il n'y a pas de justice climatique sans conversion écologique, et il n'y a pas de conversion écologique sans résistance aux fausses solutions.

Au cœur de l'Amazonie, nous entendons un cri : comment permettre à un marché sans réglementation éthique de décider du sort des écosystèmes les plus vitaux de la planète ? Comment pouvons-nous accepter que la solution climatique soit une affaire pour quelques-uns et un sacrifice pour les peuples autochtones, les Afro-descendants et les communautés locales? Il est urgent de prendre conscience de la nécessité de modifier le mode de vie, la production et la consommation (cf. LS, n. 5).

"[Les problèmes environnementaux ont] des racines éthiques et spirituelles (...) qui exigent que nous ... remplaçions la consommation par le sacrifice, la cupidité par la générosité, le gaspillage par un esprit de partage (...) en s'éloignant progressivement de ce que je veux à ce dont Dieu a besoin" (LS, no 9). Nous dénonçons le masquage d'intérêts sous des noms comme le « capitalisme vert » et l'« économie de transition », qui perpétuent les logiques extrémistes et technocratiques. Nous rejetons la financiarisation de la nature, des marchés du carbone, des monocultures énergétiques sans consultation préalable, l'ouverture récente de nouveaux puits de pétrole, encore plus grave en Amazonie, et l'exploitation minière abusive au nom de la durabilité.

Au lieu de cela, nous embrassons la joyeuse sobriété dont le pape François nous a parlé, inspirée par le "bon mode de vie" des peuples amazoniens. Nous sommes engagés dans une transition juste, populaire, communautaire, avec des femmes, des jeunes et des communautés au centre.

"Le changement est impossible sans motivation et sans processus d'éducation" (LS, no 15). De la région qui accueillera la COP30, nous offrons l'engagement ecclésial d'éduquer en écologie intégrale, d'accompagner les communautés souffrantes et de rester vigilants avec un Observatoire de la Justice Climatique qui sera promu par la Conférence ecclésiale de l'Amazonie (CEAMA) et qui favorisera, entre autres études, le suivi des CDN au niveau national.

Nous sommes convaincus que la conversion écologique n'est pas une option pour les chrétiens, mais exigée par l'Évangile, et nous croyons, avec l'espérance de Pâques, qu'il est encore possible de changer de cap. Nous le ferons avec nos pieds sur le sol et nos cœurs dans le Royaume.

Intervention de Son Éminence Cardinal Filipe Neri Ferrão

Chers sœurs et frères dans la foi et dans l'humanité:

De l'Asie, terre d'une immense diversité spirituelle, culturelle et écologique, nous nous associons à la clameur mondiale pour une transformation non seulement technique, mais aussi éthique, prophétique et profondément humaine.

Notre message d'aujourd'hui n'est pas diplomatique, il est pastoral. C'est un appel à la conscience face à un système qui menace de dévorer la création, comme si la planète n'était qu'une autre marchandise. Le document que nous présentons est le reflet d'un discernement collectif, dans une perspective synodale, et en communion avec les Églises d'Afrique et d'Amérique latine. Il ne s'agit pas seulement de changer de politique, mais de changer de cœur.

En Asie, des millions de personnes vivent déjà les effets dévastateurs du changement climatique : typhons, migrations forcées, perte d'îles, pollution des rivières... Et en attendant, de fausses solutions avancent : méga infrastructures, déplacement pour une énergie « propre » qui ne respecte pas la dignité humaine, et mines sans âme au nom des batteries vertes.

Face à cela, le Fonds pour les pertes et dommages doit être opérationnel d'urgence, et avec le fonds d'adaptation qui se concentre sur le renforcement de la résilience climatique – doit garantir un accès prioritaire aux communautés touchées.

Il est nécessaire que les pays les plus développés reconnaissent et assument leur dette sociale et écologique en tant que principaux auteurs historiques de l ' extraction des ressources naturelles et des émissions de gaz à effet de serre. On estime que cette dette climatique du Nord mondial atteindra $192 billions d'ici 2050. En outre, on estime qu'environ deux billions de dollars sont extraits du Sud mondial chaque année, par l'intermédiaire des entreprises, des banques et des mécanismes gouvernementaux. Nous appelons donc à un financement équitable et accessible du climat pour les communautés et les organisations locales, y compris les femmes, qui ne génèrent pas plus d'endettement, pour assurer la résilience dans le Sud mondial.

De même, nous exigeons que la sagesse ancestrale de nos communautés soit entendue. Arrêter l'expansion des combustibles fossiles, développer des solutions d'énergies renouvelables propres en consultation avec les hommes et les femmes dans les communautés locales, en particulier les solutions décentralisées. Les pays riches devraient reconnaître et payer leur dette écologique, sans continuer d'endetter le Sud mondial.

De même, en tant qu'Eglise, au-delà des critiques, nous voulons promouvoir des alternatives: des programmes éducatifs, de nouveaux parcours économiques basés sur la décroissance, des économies circulaires, la spiritualité écologique, des politiques de protection, l'accompagnement des femmes et des filles - les plus touchées - et le renforcement des réseaux interreligieux pour la défense de la vie.

Nous voulons que la COP30 ne soit pas seulement un autre événement, mais un tournant moral. Et comme l'a dit le Pape Léon XIV, nous avons besoin d'amour et d'unité pour « construire un monde nouveau où règne la paix ». Que l'espérance s'épanouisse parmi nous comme un arbre de vie.

 Intervention de Son Éminence Cardinal Fridolin Ambongo Besungu

Je vous parle au nom des Églises du continent africain, terre riche en biodiversité, en minéraux et en cultures, mais appauvrie par des siècles d'extractivisme, d'esclavage et d'exploitation. L'Afrique n'est pas un continent pauvre, c'est un continent pillé.

C'est pourquoi le document que nous présentons aujourd'hui, en tant que réflexion commune et appel à l'action avant la COP30, n'est pas seulement une analyse : c'est un cri de dignité. Nous, pasteurs du Sud, exigeons la justice climatique en tant que droit humain et spirituel.

Il est bien connu qu'avec le réchauffement de la planète, qui en 2024 dépassera les mesures préindustrielles de 1,55 °C, nous assistons aux effets de la désertification, qui touche déjà 500 millions de personnes dans le Sud. Des mesures urgentes sont nécessaires pour éviter les effets irréversibles sur le climat et les systèmes naturels. Nous demandons donc une économie qui ne soit pas fondée sur le sacrifice du peuple africain pour enrichir les autres.

Comment accepter que, au nom de la "transition énergétique", des communautés entières soient anéanties dans la recherche de lithium, de cobalt ou de nickel? Comment tolérer que les marchés du carbone transforment nos forêts en actifs financiers, alors que nos communautés restent privées d'eau potable?

Nous disons assez est suffisant, assez de fausses solutions, assez de décisions prises sans écouter ceux en première ligne de l'effondrement climatique!

Nous proposons une transformation qui place le soin de la vie au centre, la souveraineté des peuples autochtones et ruraux sur leurs territoires, et la défense active des droits des femmes, des migrants climatiques et des nouvelles générations.

Le document, que nous avons signé et partagé avec le Saint-Père Léon XIV, décrit en dix points les « engagements et responsabilités » du monde puissant, et présente dix exigences spécifiques, avec des appels à l'action, y compris une série d'efforts entrepris par l'Église catholique elle-même.

En tant qu'Eglise en Afrique, nous nous engageons à renforcer la spiritualité du soin, à éduquer les nouvelles générations dans une éthique écologique, et à construire une alliance intercontinentale du Sud pour dire d'une seule voix : « le temps de l'indifférence est fini ».

L'Afrique veut vivre. L'Afrique veut respirer. L'Afrique veut contribuer à un avenir de justice et de paix pour toute l'humanité. Et elle le fera avec sa foi, son espérance et sa dignité invincible.

Merci d'avoir écouté cette voix, qui vient des marges, mais qui parle au cœur du monde.

 Intervention du Dr Emilce Cuda

Comme les Trois Sages, ces trois cardinaux des conférences épiscopales de l'Église catholique du Sud, qui suivent l'étoile de Bethléem, nous conduisent à Belém. Ils nous apportent trois dons : une foi renouvelée en Dieu et une confiance ferme en l'humanité ; le cri pour une nouvelle justice environnementale comme la plus haute forme de charité ; et la certitude que l'espérance ne déçoit pas.

Il y a six mois, dans cette même salle, le 9 décembre 2024, le CELAM – alors que l'Église latino-américaine et caribéenne organisait la prise en charge du foyer commun – a lancé sa campagne La vie est suspendue par un fil, en ce qui concerne les décès résultant des troubles sociaux et environnementaux déjà mis en garde dans l'Encyclique Laudato si.

À cette occasion, les Cardinaux Jaime Spengler du Brésil, Fernando Chomali du Chili et Carlos Castillo du Pérou étaient présents, accompagnés du Saint-Siège par le Cardinal Michael Czerny, préfet du Dicastère pour la promotion du développement humain intégral, et par moi-même en tant que secrétaire de la Commission pontificale pour l'Amérique latine.

Cette campagne du CELAM, toujours en cours, est le travail communautaire silencieux et constant d'un processus de conversion écologique intégrale des personnes, communautés, organisations et institutions, non seulement d'une nature religieuse, mais aussi laïque, avec lequel nous essayons d'atteindre le cœur des croyants et des non-croyants, afin que « nos peuples puissent avoir une vie bonne et abondante » comme nos évêques l'ont dit à Aparecida.

La présentation de ce document aujourd'hui, dans le cadre de la COP30, s'inscrit dans ce processus dans lequel, d'Amérique latine, des ponts communautaires ont été construits avec les Conférences épiscopales d'Afrique et d'Asie. La PCLA prend cette initiative en réponse à la demande du Pape François du 27 juin 2024 : « La CLA doit construire des ponts de réconciliation, d'inclusion, de fraternité ! Des ponts qui permettent au voyage ensemble d'être non pas une simple expression rhétorique mais une expérience pastorale authentique ».

Les Eglises particulières du Sud mondial, conscientes que « personne n'est sauvé par elles-mêmes », comme notre bien-aimé Pape François nous l'a enseigné, ont commencé à construire des ponts en tant qu'expression de la catholicité qui les constitue. Le résultat de ce travail communautaire est le document commun présenté aujourd'hui au Pape et à la presse, comme avant-goût de ce qui sera présenté dans cinq mois à Belém. C'est un exemple concret de cette pratique de construction de ponts, typique de la capacité vertueuse de l'organisation communautaire qui distingue les Églises catholiques du Sud mondial à surmonter: parti, conflit, espace et idéologie.

Le pape Léon XIV, dans son premier salut de la Basilique Saint-Pierre, a dit: «La paix soit avec vous tous!», et a dit que «c'est la paix du Christ ressuscité, une paix qui est désarmée et désarmante, humble et persévérante». Dans ce contexte de crise et d'urgence écologiques socio-environnementales, ses premiers mots dynamisent davantage les Eglises du Sud mondial : désarmer les discours négationnistes ; et prendre le changement climatique au sérieux en conséquence d'un système de production et de consommation sans régulation éthique.

« Soit nous nous unissons, soit nous couleons », dit François. C'est pourquoi nous sommes ici aujourd'hui – vous les journalistes et nous – parce que, comme l'a dit le pape Léon dans son premier salut, et comme le répètent déjà les hauts fonctionnaires des gouvernements et des organisations internationales – « Nous sommes tous entre les mains de Dieu ». Par conséquent, il poursuit, « avançons ensemble, sans crainte. Nous sommes des disciples du Christ. Le Christ va devant nous. Le monde a besoin de sa lumière. L'humanité a besoin de lui comme le pont qui peut nous conduire à Dieu et à son amour ».

En tant qu'apôtres missionnaires d'une Église synodale sortante, nous irons à la COP30 pour construire cette paix au milieu de cette guerre parcellaire contre la création, où beaucoup meurent et d'autres mourront si nous n'agissons pas maintenant, comme l'avertisent les scientifiques de l'ONU. Nous le faisons parce que, comme le dit le Pape Léon, l'Eglise « cherche toujours à être proche avant tout de ceux qui souffrent ». Et notre peuple souffre parce que, dans le Sud mondial, La vie est suspendue par un fil.

Merci d'être ici, le travail de la presse est une partie inséparable de la mission évangélique car il nous permet d'atteindre tout le monde, tout le monde. Vous, mes sœurs et mes frères journalistes, marchez à nos côtés, je le sais. Merci pour votre travail et pour la diffusion de ce document.

Contact : SECAM Communications par courriel à communication.secam(at)gmail.com

Téléchargez cet Appel ici: Appel à la justice climatique et au foyer commun : conversion écologique, transformation et résistance aux fausses solutions

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